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Karl Brioullov. Dernier jour de Pompéi

(1830 - 1833, huile sur toile, 651 cm x 456,5 cm,

Musée Russe de Saint-Pétersbourg)


La peinture comme tout autre art reflète un état d’âme, un sentiment, parfois une idée, ou une impression comme chez les impressionnistes par exemple.

Mais le problème est que la peinture est un art un peu trop raffiné, trop éloigné du publique. Elle devient un peu l’art des élus. Elle ne s’impose pas par tous les moyens à la télé, à la radio, par la diffusion dans les magasins.  Elle n’est pas à la porté de la main, il n’est pas suffisant de voir une reproduction dans un album ou sur l’ordinateur, il faut aller voir les toiles originales… Il y a de moins en moins de visiteurs dans les musées des beaux arts (s’il ne s’agît pas des excursions de découverte organisées pour les touristes ou pour les écoliers…).

Même au musée, comment s’arrêter pour étudier une seule œuvre d’art  s’il y a trop à voir, une seule visite n’est pas suffisante. On jette un coup d’œil sur une toile des fois même sans s’arrêter, et on croit ambitieusement : ça y est, on a tout vu, on a tout compris. Et qu’est-ce qu’ils y font ceux qui restent durant des heures devant un seul tableau, qui viennent dans le musée pour voir un seul tableau ?

Je vous invite donc à admirer le tableau fabuleux de Karl Brioullov « Dernier jour de Pompéi » et à essayer de déchiffrer son message laissé aux descendants.


Photo : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ec/Karl_Brioullov_-_The_Last_Day_of_Pompeii_-_Google_Art_Project.jpg












Au premier regard tout est claire et simple : il y a un tremblement de terre très fort qui détruit la ville, et les gens effrayés, qui essaient de se sauver, sont en train de périr en partageant le sort de leur belle ville.

Mais ne vous dépêchez pas de faire des conclusions. Regardons plus attentivement.

Pour mieux comprendre, il faut nous placer dans le cadre historique des événements. En effet, le 24 août 79 après Jésus-Christ commençait un jour comme les autres. Mais vers 2 heures de l’après-midi un tremblement de terre a commencé. Mais les habitants de cette petite ville située au pied de Vésuve, volcan qu’on croyait éteint sont restés insouciants envers les préventions de la nature. Rien d’inhabituel ! Des tremblements pareils se répétaient pendent 2 dernières semaines et auparavant aussi… . Mais cette fois-ci l'éruption de Vésuve allait complètement détruire cette ville. Et quand ses habitants se sont rendu compte du danger, il était déjà trop tard…

L’historien romain Pline le Jeune, qui était à Misène en ce moment tragique, voire un témoin de première main, a décrit cet événement dans deux lettres à son ami Tacite :

 « ... Je me retourne : une traînée noire et épaisse s'avançait sur nous par derrière, semblable à un torrent qui aurait coulé sur le sol à notre suite...

A peine étions-nous assis et voici la nuit, comme on l'a, non point en l'absence de la lune et par temps nuageux, mais bien dans une chambre fermée, toute lumière éteinte.

On entendait les gémissements des femmes, les vagissements des bébés, les cris des hommes ; les uns cherchaient de la voix leur père et leur mère, les autres leurs enfants, les autres leurs femmes, tâchaient de les reconnaître à la voix. Certains déploraient leur malheur à eux, d'autres celui des leurs. Il y en avait qui, par frayeur de la mort, appelaient la mort.

Beaucoup élevaient les mains vers les dieux ; d'autres, plus nombreux, prétendaient que déjà il n'existait plus de dieux, que cette nuit serait éternelle et la dernière du monde.

Enfin la traînée noire dont j'ai parlé s'éclaircit et s'évanouit à la manière d'une fumée ou d'un brouillard ; puis brilla le vrai jour, même le soleil, mais avec la teinte jaunâtre qu'il a lors des éclipses. Aux regards encore mal assurés, les objets s'offraient sous un nouvel aspect, couverts d'une cendre épaisse comme d'une couche de neige » [Pline le Jeune, Lettres, tome II, Livres IV-VI].

Pompéi a été couverte de couche de cendre allant jusqu’à 7 mètres. Karl Brioullov a visité cette ville découverte au cours des fouilles archéologiques en 1748. On y a retrouvé plus de 1 100 corps des habitants ayant trouvé la mort cette nuit-là.

Pour comprendre ce qui inspirait Karl Brioullov, par quelles réflexions il était envahi en exécutant ce tableau, quel message il a chiffré dans son œuvre, ce qu’il voulait nous faire comprendre, il ne suffit pas de contempler cette œuvre en reproduction, même de la meilleure qualité, même de la plus haute résolution. Ce tableau n’a pas été fait pour cela. Il faut absolument voir la toile originale au Musée Russe à Saint-Pétersbourg en Russie.

C’est là, on s’arrête stupéfait, saisi de l’ampleur de la tragédie effrayante représentée en dimension impressionnante (la taille du tableau est de 6,5 m sur 4,6 m). Si vous vous placez devant la toile, les personnages du premier plan sont pratiquement de taille naturelle. Et si le tableau n’était pas accroché, s’il était posé directement sur le sol, vous auriez une sensation bizarre d’y assister. Si vous faites un pas, vous franchirez cette ligne qui vous sépare de l’espace du tableau… Une invitation à essayer de vivre cette situation ? Une question provocante : et si toi-même, tu étais là en ce moment ? Qu’est-ce que toi-même, tu ferais alors ?

C’est là, le problème. Dans la situation où un tremblement de terre horrible commence, si on n’est pas mentalement malade, si on ne cherche pas à se suicider, la réaction de chaque être humain normal est de se sauver. D’ailleurs, ce que font tous les personnages du tableau.

Mais si on espère bien survivre, on pense alors, qu’on aura besoin de plusieurs choses en recommençant une nouvelle vie ailleurs. Bien sûr il vaut mieux sauver quelque chose. Laquelle plus exactement ? Bien sûr celle qu’on croit la plus précieuse.

Et voilà l’auteur nous propose plusieurs solutions possibles. A mon avis, on peut y découvrir également l’opinion de l’auteur, qui se prononce par rapport à chaque valeur.










Il y en a bien évidemment ceux qui font tout pour sauver leurs propres vies qui leur semble la valeur unique, la plus précieuse, par tous les moyens. Tel est le chevalier à droite, qui fait son cheval galoper dans la foule des gens sans se gêner d’écraser plusieurs de ces compatriotes, s’il le faut pour avancer.

Qu’est-ce que l’auteur en pense ? On peut le voir bien nettement, en découvrant au centre, tout au fond du tableau d’autres chevaux… Évidemment, ce sont ces chevaux qui viennent de passer par cette rue, peut être c’était même ce char qui avait écrasé la femme au milieu du premier plan du tableau… Mais l’axe des roues s’est cassé et celui qui vient d’écraser les autres est maintenant renversé lui-même… L’auteur le « punit » : l’homme s’est retrouvé dans la même situation, et risque, comme par hasard, d’être tué par un autre chevalier ?

Apparemment, Karl Brioullov voulait nous rappeler la Bible : « Ne fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse »…

Il y a ceux qui emportent de l’or, une valeur éternelle…

Comme ce vieillard en rouge à gauche du premier plan qui tient des attributs en argent des cérémonies religieuses orthodoxes (allusion à l’impuissance de l’église face à la grandeur de la nature ?).




Comme cet homme en jaune au fond, emportant une couronne d’or (association avec le pouvoir et la soi-disant toute-puissance de la richesse).




 

Une boîte et quelques trésors abandonnés juste au centre, au milieu du premier plan, à côté de la femme périe. Et c’est là la solution de l’auteur. Non seulement la place des trésors est bien déterminée : par terre, sous les pieds, jetés ; mais la situation est beaucoup plus grave, car toutes ces richesses ne protégeront pas ce bébé après le décès de sa mère…

Les relations humaines ?

La femme avec ses deux filles à gauche priant ensemble ; la famille dont le père essaie de protéger sa femme et deux enfants par son propre corps ; deux jeunes hommes portant un vieillard ; l’homme incliné devant sa mère qui ne peut plus bouger (évidement, Pline le Jeune en personne avec sa mère) ; le jeune amoureux avec l’expression d’horreur dans ses yeux, serrant dans ses bras le corps de sa belle décédée (les couronnes de fleurs sur les têtes). Certes, la vie n’aura aucun sens sans leurs proches bien-aimés.























Ah oui, la quantité des personnages qui pensent plus aux autres qu’à eux-mêmes dans cette situation catastrophique, et surtout la place sur le premier plan leur accordée rendent les idées de l’auteur transparentes…

Mais Karl Brioullov s’est profité de ce sujet pour manifester ses propres valeurs principales. Dans la foule sur l’escalier à gauche on peut distinguer l’autoportrait du peintre. Il porte une boîte avec des pinceaux, des pots de peinture, des rouleaux… Karl Brioullov n’imagine pas sa vie sans son travail, sans sa peinture, c’est là le sens de sa vie…

Au niveau du coloris, on voit qu’il est plutôt sombre. Au moins un quart de la toile représente le noir effrayant du ciel plein de cendre et de poussière, et le rouge foncé de la lave brûlante de Vésuve.

En même temps il est suffisamment vif : les couleurs différentes des habits des personnages inspirent l’idée de l’échelle universelle du problème, de la diversité de tous qui pourraient y être concernés, de l’isolement des personnages (chacun pour soi-même), de la fragilité de la vie humaine face à la force écrasante de la nature...



Par Svetlana Ermakova, rédactrice en chef, docteur en sciences de l'éducation

Culture

Beaux-Arts :

Réflexions devant un tableau


Dernier jour de Pompéi.jpg 4305.jpg